Revue de « Le Souffleur » : Willem Dafoe incarne un directeur d’hôtel chassé de son poste dans une étude de caractère poétique au cadre viennois.

Il y a un ton élégiaque et une touche d’esprit dans ce charmant petit film maintenu par la présence magnétique de Willem Dafoe et sa performance naturelle mais captivante. Il incarne Lucius, le directeur américain d’un grand hôtel à Vienne, un emploi qu’il chérissait depuis deux décennies et qu’il va bientôt perdre avec l’arrivée d’un nouveau propriétaire. « C’est la maison où je vis. Et maintenant, je me trouve forcé de l’abandonner, » dit-il en voix off. Sa tristesse est légèrement allégée par l’étrangeté des détails qu’il valorise dans cette même voix off. « Hôtel Intercontinental Vienne. La première marque d’hôtel de luxe au monde et la première à avoir des téléphones dans chaque salle de bain. »

Alors que nous le suivons pendant plusieurs jours, il se montre agacé par le changement, réticent à admettre que les jours de gloire de l’hôtel sont révolus, puis finalement réconcilié à quelque chose de nouveau, peu importe ce que cela donne. The Souffleur serait une œuvre très différente sans Dafoe. Il rend le personnage et le film entier terre-à-terre et accessible, deux choses pour lesquelles Gastón Solnicki n’est pas connu.

The Souffleur

En résumé

Petit mais magnifiquement réalisé.

Lieu : Festival du film de Venise (Horizons)
Distribution : Willem Dafoe, Lilly Lindner, Stephanie Argerich, Gastón Solnicki
Réalisateur : Gastón Solnicki
Scénaristes: Julia Niemann, Gastón Solnicki

1 heure 18 minutes

Le réalisateur d’origine argentine est connu et admiré pour ses films artistiquement audacieux mais souvent cryptiques, aussi variés que Papirosen (2011), construit à partir de la collection de films familiaux, et Kekszakallu (2016), un quasi-documentaire sur des adolescentes entrant dans l’âge adulte, qui a remporté le prix FIPRESCI du meilleur film dans la section Horizons du Festival du film de Venise cette année-là.

Même avec Dafoe, l’approche de Solnicki n’a pas beaucoup changé. Cette dernière première de Venise est définitivement une œuvre de fragments, des scènes isolées qui représentent un point de vue discret sur Lucius mais ne sont pas destinées à créer un récit traditionnel, ni à s’imbriquer aussi parfaitement qu’un puzzle.

En tissant des images en noir et blanc de l’hôtel dans le passé, de la construction aux enfants patinant dehors, jusqu’au glamour d’une salle à manger bondée. Une grande partie de ce matériel est archivée (l’Intercontinental est un vrai hôtel à Vienne et n’est pas mort), dont certaines ont été améliorées par Solnicki. Ces scènes servent à fusionner le passé et le présent d’une manière qui convient au style impressionniste du film.

Occasionnellement, certains membres du personnel de l’hôtel se tournent vers la caméra et annoncent leur nom et leur numéro de chambre, sans raison apparente, sauf pour nous faire savoir qu’ils sont là et probablement sur le point d’être déplacés. L’une de ces travailleuses est Lilly (Lilly Lindner), la fille de Lucius, qui a grandi dans l’hôtel mais y est beaucoup moins attachée que son père et prête à tourner la page. Dans une scène entre elle et Lucius, il exprime son inquiétude, regardant son bras et demandant si elle s’est à nouveau fait du mal. Mais là où un film traditionnel s’attarderait sur la dynamique familiale, The Souffleur laisse ces moments résonner et continue. À un moment, nous voyons des girafes. Qui sait pourquoi ?

Bien que Lucius passe beaucoup de temps à déambuler dans les couloirs et à vérifier la salle à manger de l’hôtel, il rencontre également le nouveau propriétaire, Facundo Ordoñez, un riche argentin joué par Solnicki. Étonnamment, ils entretiennent une relation cordiale. Et quand Ordoñez joue au tennis, Solnicki lui donne une énergie nerveuse élancée qui ajoute une touche d’humour.

Rien de drôle dans le titre humoristique du film, qui n’est qu’une image tirée par les cheveux. Un soufflé monte lentement dans le four au début, et Lucius et un autre membre du personnel débattent de la raison pour laquelle les soufflés du chef sont mauvais dernièrement. Le soufflé qui tombe comme symbole de l’hôtel en ruine est le genre de touche lourde avec laquelle Solnicki se permet rarement.

Plus souvent, les images sont évocatrices et visuellement saisissantes, filmées par Rui Poças, le directeur de la photographie qui travaille souvent avec Miguel Gomes, y compris sur le récent et visuellement frappant Grand Tour. Les scènes extérieures, en particulier, sont habilement composées, telles qu’une vue éloignée d’un pont avec la rivière s’écoulant en premier plan, ou l’éclat d’une flaque d’eau dans la rue la nuit. Solnicki aime souvent garder la caméra fixe, alors que les gens entrent et sortent du cadre.

The Souffleur dure une heure et 18 minutes, et est tout autant un poème de ton qu’une étude de personnage. Dafoe apporte du poids et de l’humanité, unissant ses fragments alors que Lucius décide de ce qu’il veut faire de son avenir. Il convient de rappeler que Dafoe a commencé sa carrière au théâtre en tant que membre du groupe d’avant-garde Wooster et comprend des histoires qui défient les récits conventionnels. Il est la personne idéale pour donner vie à ce petit film magnifiquement réalisé.

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